Emplacements nus et hébergements locatifs Quelles stratégies pour les campings ?


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Depuis des décennies, le développement des hébergements locatifs (mobil-homes, chalets, tentes lodges) a été le moteur de la croissance des campings français, répondant à la demande de confort et aux innovations du secteur. Pourtant, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint et de vigilance accrue sur les dépenses de vacances, les professionnels s’interrogent : faut-il continuer à investir massivement dans le locatif ou maintenir, voire recréer, des emplacements nus ?

Les chiffres de fréquentation confirment la prédominance du locatif : en 2025, la profession a réalisé 72,2 millions de nuitées en hébergements équipés contre 52,7 millions sur emplacements nus. Sur l’année 2024, le locatif représente 50,5 % des nuitées totales. Les recettes illustrent aussi cet écart : un emplacement nu génère en moyenne 1 994 € de chiffre d’affaires annuel, contre 5 792 € pour une tente lodge et 7 480 € pour un mobil-home. Ces données plaident en faveur du locatif, mais une analyse plus fine révèle que les emplacements nus, moins coûteux à gérer, peuvent offrir une rentabilité supérieure.

Malgré une envie de vacances, les Français arbitrent leurs dépenses : 74 % acceptent un hébergement d’entrée de gamme et 72 % adaptent leurs dates (IFOP FNHPA). Le camping, perçu comme économique (83 % des campeurs), permet de partir malgré tout. Le taux d’épargne élevé (18,7 % en 2025) et la prudence des ménages incitent à diversifier l’offre.

D’autant plus que les campeurs itinérants, notamment Européens, restent attachés aux emplacements nus. Le marché mondial des véhicules de loisirs et des tentes de camping (2,54 milliards USD d’ici 2032) montre une demande persistante. Ces emplacements captent une clientèle sensible aux prix et préservent l’ADN du camping.

Ces chiffres montrent que la clientèle des campeurs itinérants reste structurellement présente, même si elle évolue. Il suffit pour cela de séjourner dans des terrains de camping en dehors de la France pour constater combien la place des emplacements nus y est prépondérante, arguant de fait de la bonne tenue des marchés européens pour le camping traditionnel.

Quels arbitrages pour les directeurs de campings ?

La question n’oppose pas frontalement emplacements nus et hébergements locatifs. Elle appelle plutôt des arbitrages fins. Les hébergements locatifs demeurent indispensables pour assurer la rentabilité et la solidité financière des établissements. Mobil-homes, chalets et tentes lodges constituent le socle économique du modèle actuel.

Cependant, dans un contexte de vigilance accrue sur les prix, les emplacements nus retrouvent une pertinence stratégique :

  • Ils permettent de capter une clientèle plus sensible au budget ;
  • Ils séduisent des clientèles étrangères motivées par la possession de leur propre matériel de camping ;
  • Ils offrent une flexibilité d’accueil, notamment en courts séjours et hors saison ;
  • Ils contribuent à préserver l’identité camping de l’établissement.

Créer ou maintenir des emplacements nus ne doit donc pas être vu comme un renoncement économique, mais comme un outil de segmentation de l’offre et de sécurisation de la fréquentation. La démonstration économique en faveur des hébergements locatifs est indiscutable. Mais l’analyse du contexte macroéconomique et des comportements de consommation invite à éviter une spécialisation excessive.

Vers un modèle hybride

Les hébergements locatifs restent indispensables pour la rentabilité, mais les emplacements nus répondent à une demande croissante de flexibilité et d’accessibilité. Une stratégie équilibrée, combinant un parc locatif performant et des emplacements nus, semble la plus adaptée. Elle permet de segmenter l’offre, de sécuriser la fréquentation et de préserver l’identité des campings.

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