Funflation : quand le prix ne compte plus


  • Stratégie

La funflation, contraction des mots fun (divertissement) et inflation, désigne une hausse marquée des prix dans le secteur des loisirs : concerts, festivals, événements sportifs, parcs à thème, restaurants, voyages… Ce phénomène s’est accentué depuis la pandémie de Covid-19, sous l’effet d’une explosion de la demande pour ce type d’expériences. Il s’adosse à l’élévation tarifaire de nombreuses prestations touristiques et de loisirs. Cela peut aussi fonctionner dans les hébergements de plein air pour peu de bien cibler son public et de garantir des produits créant de l’attachement par leur rareté. Tout un programme…

La funflation, c’est en quelque sorte l’inflation du plaisir. On paie plus cher pour vivre des expériences marquantes, parce qu’on en a besoin, parce qu’on les a attendues. La rareté crée la motivation, mais plus encore, la possibilité d’afficher ces moments sur les réseaux sociaux, révélateurs de comportements narcissiques. Mais cette course au « fun » à tout prix creuse les inégalités d’accès aux loisirs et nous oblige à repenser notre manière de consommer la culture et le divertissement. Notamment dans notre secteur des loisirs de plein air, conçu pour le plus grand nombre. Pour autant, des positionnements particuliers sont toujours possibles, voire souhaitables par endroits.

L’historique de l’émergence du concept est le suivant. Après les confinements, beaucoup de gens ont ressenti un besoin urgent de profiter de la vie, de se rattraper. Trois grands facteurs ont expliqué cette tendance :

  • Une épargne accumulée pendant la crise sanitaire ;
  • Un rattrapage émotionnel : envie de « revivre » ce qui avait été annulé ;
  • L’effet YOLO (You Only Live Once) : les consommateurs privilégient les expériences mémorables aux biens matériels.

Pratiquement, la funflation se traduit par :

  • Une hausse spectaculaire des prix pour les billets de concerts ou d’événements culturels, souvent bien au-delà de l’inflation générale ;
  • Des consommateurs prêts à dépenser davantage pour se faire plaisir, quitte à réduire leurs dépenses ailleurs (courses, habillement, logement) ;
  • Une tendance à l’arbitrage budgétaire : certains, surtout les jeunes ou les plus aisés, préfèrent limiter leurs achats du quotidien pour s’offrir des loisirs premium.

La funflation est particulièrement marquée aux États-Unis, on pense aux concerts de Taylor Swift ou Beyoncé, dont les prix ont doublé ou triplé. Mais le phénomène gagne aussi l’Europe, même si c’est dans une moindre mesure. Économiquement, la funflation reflète un changement profond des habitudes de consommation : on mise désormais davantage sur le vécu que sur le matériel. Sociologiquement, elle exprime une soif de liberté, de plaisir, de lien social après une période d’isolement forcé. Ce qui surprend, c’est que ce fait semble s’installer dans la durée.

Clients aisés, jeunes et citadins

L’enquête Tendances de Consommation du CREDOC (n°348 juin 2025) montre qu’un tiers des Français a succombé au phénomène au cours des douze derniers mois. Deux catégories sont particulièrement concernées : d’un côté des ménages aisés, aspirant à plus de confort ou de luxe et de l’autre des jeunes, des diplômés, des Franciliens à la recherche de moments d’exception, d’expériences intenses, parfois partagés avec un petit nombre de personnes, durant lesquels ils peuvent se mettre en scène sur les réseaux sociaux.

Ainsi, fin mars 2025, 33% des Français avaient acheté ce type de prestations de loisirs haut de gamme. Les billets de concerts, d’événements sportifs ou d’expositions, que les consommateurs trouvent eux-mêmes très élevés, ont fait l’objet d’achats majeurs. 23% déclarent même l’avoir fait au cours des douze derniers mois. Selon Pollstar, société qui recense les données des billetteries de concerts, le prix moyen des places des cent plus grosses tournées américaines aurait ainsi augmenté de 37% entre 2020 et 2024.

Mais, fait le plus intéressant, une partie des consommateurs est également séduite par des formes d’hébergement et de restauration de luxe : 11% déclarent avoir ainsi fréquenté un restaurant étoilé et 8% avoir loué un hébergement d’exception, une croisière ou un trajet en train de luxe. Parmi les plus gros acheteurs, principalement des Franciliens, de moins de 35 ans. 45% des individus disposant de revenus mensuels supérieurs à 3100 euros ont réalisé ce type de dépenses. Et si les « consommateurs digitaux » ne représentent que 7% de la population âgée de 18 ans ou plus, 67% d’entre eux ont acheté au moins une offre premium au cours des douze derniers mois. Un certain nombre des adeptes de ces formules se priveraient au quotidien pour se payer des loisirs haut de gamme. La mise en scène qu’ils en font sur des publications digitales est un moteur puissant de cette tendance.

Le CREDOC évoque la notion « d’expérience unique » à ce sujet. Mais deux conceptions se font jour. Deux tiers des personnes ayant opté pour des offres premium sont motivées par l’accès à des formules offrant des conditions plus agréables et confortables que les formules de base. On y retrouve plus souvent des consommateurs aisés ou des cadres. Les retraités se retrouvent dans cette approche. Aussi, le vieillissement démographique devrait renforcer l’attractivité des formules premium sur le confort. En revanche, chez les jeunes, les hommes et les Franciliens, l’expérience unique est davantage synonyme d’un moment d’exception. Rencontrer une star, vivre un moment peu accessible au plus grand nombre, partager un moment unique avec sa famille et surtout se mettre en évidence sur les réseaux sociaux sont les moteurs principaux de ces démarches.

Alors faut-il s’intéresser au sujet dans vos campings ? Si vous avez un produit unique, de petites dimensions, dans un cadre de rêve et si vous êtes prêts pour passer de la pommade à ce type de clients, foncez ! Sinon, retenez juste l’idée que le marché se découpe de plus en plus en micro-segments et que vos produits peuvent aussi faire l’objet de micro-segmentation. Comme la société dans laquelle nous vivons… L’expression « faire société » ne révélant plus qu’une forme d’incapacité à le faire. Mais c’est un autre sujet

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